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Fatime Zahra Morjani
Ville : Casablanca

Fatime Zahra Morjani

Plasticienne par vocation et passion, architecte de formation, Fatime Zahra Morjani est née à Casablanca en 1971.

 

Après plusieurs années de recherches plastique au Maroc puis lors de son séjour en Ethiopie, elle expose pour la première fois en 2010 à Varsovie, en Pologne.

 

Cette citoyenne du monde, curieuse de nature, aime par-dessus tout découvrir l’ailleurs. Et c’est un ailleurs rêvé qui s’est offert à elle : sa créativité s’est ainsi fortement nourrie du paradoxe de la rigueur de l’hiver polonais, adouci par la chaleur toute slave de ses habitants, ainsi que par la fierté hiératique des Ethiopiens, héritiers d’une civilisation plurimillénaire. Parce que l’ailleurs est parfois l’ici, c’est dans nos provinces du Sud que l’artiste à puisé son inspiration. La richesse de la culture beidane, la vibrance des couleurs et la diversité des paysages, ont formé un terreau fertile, propice à la création.

 

C’est son amour de l’art et de l’humain, doublé de son profond engagement en faveur de la cause environnementale, qui lui ont permis de s’imprégner de ces cultures et de ces reliefs, si différents, dont les influences s’harmonisent dans ses toiles.

 

Férue de lecture, de savoir et de raison, Fatime Zahra Morjani affûte sa sensibilité au gré de longs séjours et pérégrinations entre Orient et Occident, Nord et Sud. Le regard initié de l’architecte qu’elle est en émoi permanent. Curiosité attentive, désir d’élévation et de clairvoyance prédisposent chez elle à une gestation fébrile. Entre conscient et inconscient, une créativité esthétique promet d’éclore. Le propre de l’art n’est-il pas de nourrir une œuvre de culture, fruit d’une synthèse et témoin de multiples contingences, personnelles, géographiques, historiques, dans la joie, la douleur, entre la vie et la mort ? Aussi, motivation et détermination décident-elles en 2010 d’une présentation des travaux de Fatime Zahra Morjani en Pologne où elle rencontre accueil favorable et encouragements.

 

Elle offre, dans cette exposition maintenant, un ensemble apparemment atypique vu la multiplicité des thèmes et des modes d’expression : frappante disparité qui s’éclaire d’un support à l’autre dès lors qu’on en saisit le fil conducteur. A dire vrai, on est loin de ces expressions répétitives auxquelles nous astreignent les artistes sur la scène, comme si la récurrence obsessionnelle du même thème est à elle seule la confirmation d’un style propre ! Là, avec la diversité, se dégage donc une abstraction lyrique, lisible, rétrospective et introspective. Travail ardu sur soi, quête de lumière et de spiritualité...

 

Le déclic, en fait, voit le jour en Éthiopie : irradiation minérale d’un paysage austère mais peuple hiératique, humble et digne à la fois.

 

Vestiges et icônes en témoignent dans l’orthodoxie des églises et le miroitement des vitraux. Les premiers travaux de l’artiste sont alors le résultat de cet impact et la superposition des signes et leur voilage ne sont en réalité que le souvenir ému, malgré l’éloignement, voire l’exil, de ce que sa mémoire a retenu de spécifique et le vécu qu’elle découvre émerveillée alors. Quelle origine attribuer à ce sens de la couleur et de la géométrie ? Quel rapprochement entre “l’ici” et “l’ailleurs” ? L’humain dans tous ses états s’inscrit par conséquent au coeur de toutes les interrogations. Du fœtal par exemple à peine perceptible : fragilité engluée dans les brumes du mystère et des humeurs.

 

Une série de travaux interpellent, se déclinant dans ces miasmes grisâtres, flous, mouvants, fantomatiques. Que se passe-t-il au sein d’un corps qui se transforme, bouge, souffre et dont l’expression vous assaille, s’impose à vous, vous échappe...

 

L’humain vulnérable est là !Certains paysages se perdent à la naissance de l’écume blanche, ultime recours sous le plomb d’un ciel mélancolique, plus opaque que jamais. L’horizontalité glauque, immédiate et sans recul, met en bascule un lendemain d’incertitudes !

 

Mais des ténèbres à l’éblouissement, des carrés très blancs, immaculés, surgissent en ouvertures d’espoir sur des fonds noirs : autant de pages neuves, tout est à entreprendre de nouveau. Croire en l’humain est alors la thérapie salvatrice génératrice de toutes les énergies. Elle dicte ses lois et ses mouvements de pendule quand on la sollicite. La couleur revient peu à peu, chante, sous un ciel bleu on oublie l’abîme...

 

La féminité, autre état surprenant et spectaculaire de l’humain, est également invoquée par certaines toiles. Toutes ces gazes transparentes que l’artiste appose soigneusement sur des signes, des symboles ou tout simplement des dessins sans identification particulière, pour les voiler et les dévoiler, entre le dit et le non dit, ne sont en fait qu’une appréhension troublante d’un état de séduction. Le travail à cet égard sur les melhfa du Maroc saharien, dans le chatoiement vibratile de leur drapé, n’est-t-il pas aussi une allusion à ces dimorphismes infinis qui régissent les codes de rapprochement, d’agressivité ou de répulsion entre les êtres ? L’agencement des couleurs et leur contraste sont eux-mêmes conçus dans le cadre de ce symbolisme.

 

En définitive, l’artiste s’exprime en clin d’oeil subtil et critique. Les codes risquent d’être brouillés tels ces formes constellées, éclatantes de précision qui s’estompent progressivement derrière des stries hachurées et violentes masquant tous les repères... L’homme serait-il en proie aux forces dévastatrices de son propre génie ? être d’exception, cependant, l’artiste trouve ses propres repères dans sa propre quête de vérité.

 

En désir de partage, Fatime Zahra Morjani nous invite à ce parcours initiatique de spiritualité. Rien n’est fortuit, une pensée est en filigrane derrière chaque image se saisissant dans le rêve et la fantaisie des alchimies secrètes de la matière. 

 

Source: Hôtel Sofitel Jardin des Roses - Rabat