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Où et quand ?

Du 25 Septembre 2019 Au 31 Décembre 2019 Galerie Fan-Dok - Rabat

Les tisseuses

Arts plastiques


Exposition de tapis de Taznakhte et de travaux de peinture de Fadma Aït Hmam "Les tisseuses", du 25 septembre au 31 décembre à la galerie Fan-Dok

 

Le mot de Hakima Lebbar, galeriste et psychanalyste :

 

Les tapis sont entrés à la galerie Fan-Dok en novembre 2016 avec une exposition en hommage à Fatema Mernissi et depuis, ils y ont trouvé leur place.

 

Mernissi (elle se nommait elle-même ainsi) était mon amie, et de son vivant, elle insistait beaucoup pour que j’expose des tapis de tisseuses de Taznakhte en me disant que leurs tapis étaient de vraies œuvres d’art.

Bien que j’adhérais à sa proposition, il me paraissait difficile d’exposer des tapis à la galerie surtout à Rabat qui est réputée pour ses tapis rbatis, sans parler des célèbres marchands de la médina et des dellalas 1 de la rue des Consuls.

 

Mais je n’ai pas baissé les bras pour autant.

A travers Fatema Mernissi, j’ai rencontré M’barka Bahsi, Fatema Raji, Mina Iminotras, Ghita Essaadni et Habiba Azgoun. Elles m’ont permis de découvrir le monde du tapis, - avec le travail de la laine depuis l’élevage du mouton jusqu’au cardage et filage,
- avec les couleurs (surtout les naturelles),

- avec les techniques de tissage (ouaouizguiti, zanafi, terz, hanbel),
- avec les compositions et techniques singulières qui ont fait la gloire du tapis El Glaoui (noué, tissé brodé) et aujourd’hui du tapis Kharita 2
- avec les signes tissés (amazigh et autres), des géométries ancestrales, symétries et asymétries, et des dessins propres à certaines tisseuses (camions, lions,
oiseaux, gazelles …)

 

A côté du savoir ancestral qui se transmet depuis la nuit des temps, il y a évidemment le talent des tisseuses qui fait que leurs tapis se distinguent des autres. Je me rappelle, lors de ma première visite à l’association Taznakhte, j’ai acheté trois tapis sans savoir qui les avaient tissés et j’ai su plus tard que les trois étaient de M’Barka Bahsi. 

 

Ensuite et au fur et à mesure de voyages à Taznakhte, j’ai découvert à mon tour d’autres tisseuses talentueuses, notamment Najat Bakiz qui à l’âge de dix-huit ans a obtenu le prix Amhar Sanii 2015 (meilleur artisan) en même temps que son baccalauréat. J’ai aussi apprécié le travail de Fadma Jouab, Fadma Aït Oukhachif et Fadma Aït Hmam, une artiste d’une grande sensibilité qui est passée spontanément du métier à tisser à la peinture sans n’avoir jamais vu de tableau.

 

Et cette année j’ai aussi rencontré Naima Ouagga et Fadma Benaissa et de magnifiques tapis d’illustres inconnues.
Pour nombre de tisseuses, le tapis est un espace de création et d’expression sensible. La plupart d’entre elles passent plusieurs heures par jour à tisser et souvent elles entretiennent une relation d’affection avec leur tapis comme en témoigne le rituel pour marquer la fin de la réalisation d’un tapis. Les tisseuses se réunissent autour d’un thé et chantent ensemble une chanson spécifique pendant que la tisseuse coupe les fils pour séparer le tapis du métier à tisser. Le tapis prend alors son envol en emportant entre ses fils, les confidences que la tisseuse y a déposées.

 

Concernant Fadma Aït Hmam, elle a d’abord commencé à réaliser des petits tapis à accrocher au mur avec des compositions inspirées des kasbahs de sa région puis elle s’est mise à peindre sur des supports improbables avec des outils tout aussi improbables (fond de valise, morceau de bâche en plastique, contre-plaqué …
etc.) et ce n’est que bien plus tard, que je lui ai fait parvenir des toiles préparées.
Les tableaux de Fadma Aït Hmam représentent pour la plupart, des scènes de la vie quotidienne de son village.
Le parcours de Fadma Aït Hmam n’est pas sans rappeler celui des grandes artistes qu’ont été Chaïbia, Fatema Hassan ou encore Fatna El Gbouri et Regraguia (pour ne citer qu’elles) qui ont toutes été tisseuses avant d’être artistes peintres.

 

Par ailleurs je voudrais préciser que parallèlement au fait que feue Fatema Mernissi reconnaissait le talent des tisseuses, elle les a aussi accompagnées dans le sens de leur autonomisation financière. En 2007 Mernissi a été à l’initiative de la création de la première association de tisseuses à Taznakhte.

Elle était indignée par le fait que beaucoup de tisseuses ne percevaient pas le fruit de leur travail, alors que la région de Taznakhte est économiquement portée par le tapis. D’après une étude récente du Ministère de l’Artisanat et de l’Economie Sociale et Solidaire, elles sont plus de 65 000 tisseuses dans la région et il n’y a pas si longtemps, elles n’avaient pas accès au souk.

Aujourd’hui les tisseuses avec lesquelles je travaille, sont presque toutes organisées en coopératives, j’ai aussi accompagné quelques unes d’entre elles pour leurs premiers salons de l’artisanat et grâce aux formations, aux foires et rencontres nationales et internationales, elles se sont enrichies d’ouvertures qu’on va retrouver dans leur travail. Par exemple, les tisseuses de Taznakht réalisent aujourd’hui du Beni Ouarain et s’inspirent notamment du tapis de Zemmour et de Missour. Toutefois, je pense que les fameux bleu et orange de Taznakhte auront encore la vie longue (La région est riche en safran qui donne la couleur orange et le bleu spécifique de Taznakhte est réalisé avec un ensemble de fruits et minéraux locaux (figues, dates, carbone, henné et la pierre nilj).


Pour conclure j’aimerai citer ces mots de Fatema Raji dans l’ouvrage collectif réalisé par Fatema Mernissi « A quoi rêvent les jeunes » (éd. Marsam 2008) :
« Je veux que mes tapis soient regardés de la même façon dont Fatema Mernissi les considère, c'est-à-dire comme de véritables œuvres artistiques et comme pure
création »

 

1 Forme d’enchères populaires où les tisseuses de la grande région de Rabat viennent vendre elles même leurs tapis 

2 Kharita ou double face, cette dernière forme de tissage a été créée il y a une vingtaine d’années dans le village d’Aït Ouagharda (dans la région de Taznakhte), village connu pour sa créativité et la qualité de ses tapis. Le travail de kharita a eu beaucoup de succès et a trouvé sa pleine place sur le marché du tapis au niveau national et international.

3 J’ai appris, bien après le décès de Fatema Mernissi, que cette dernière les a soutenues toutes les quatre.

 




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